The Sound Of Silence 1


Une cheville foulée pour une joggeuse percutée par un taxi au niveau de la 36e rue de la 9e avenue à Manhattan. Mais pourquoi a-t-elle ignoré le klaxon du yellow cab ?

Une commotion cérébrale pour un concurrent du Marathon de Hong Kong dont les lacets défaits ont fait les frais de la densité de coureurs. Pourtant il l’avait prévenu, le signaleur, hein…

Un homme perdu à Anchorage en Alaska, dans la nuit terrifiante et l’immensité d’une forêt peuplée de grizzlis grognants et affamés. Le speaker officiel n’avait-il pas averti les participants au départ de bien faire attention au balisage ? Difficile de décrire l’émotion de la famille lorsque l’organisateur lui a symboliquement remis un t-shirt Finisher.

Mais ce n’est pas tout :

Rappelez-vous des 26 morts après une bousculade lors du dernier Marathon de Londres. On a dénombré 48 noyés à l’occasion du Festival des Templiers. 89 corps retrouvés sans vie pendant l’UTMB qui s’est déroulé en août. Et c’est sans compter les 792 coureurs du dimanche tués en 2015 en tentant de traverser un passage à niveau. (On attend aussi le bilan du Marathon de New York couru le weekend dernier, mais d’ores et déjà les nouvelles ne sont pas bonnes…)

Vous savez quel est le point commun entre ces drames ? La musique. Eh oui, dans tous les cas que j’ai recensés (les chiffres semblent exagérés mais vous savez qu’on nous cache des choses…), les victimes ont manqué de vigilance parce qu’elles étaient distraites par le tintamarre qu’elles avaient dans les oreilles.

Dans les années 80 et les années 90, le problème ne se posait pas vu que courir avec un walkman Aiwa filait davantage la nausée qu’un test VMA réalisé avec un Menu Best of Big Mac dans le ventre. C’est d’ailleurs en courant avec mon Walkman que j’ai longtemps cru que le guitariste des Eagles avait la maladie de Parkinson.

Depuis près de 20 ans, la technologie a permis de courir en emportant avec soi des Gigas octets de son et depuis 4-5 ans, on a fait un marronnier de la question suivante : faut-il interdire la musique pendant les compétitions de course à pied ?

Mais qui sont les énergumènes qui ont décidé d’en faire un débat existentiel au sein de la communauté ?

(à part moi)

D’une part, on a la FFA et tous ses serviteurs qui entretiennent une divergence historique avec les coureurs hors stades. Ils ont protégé une élite performante et licenciée, méprisé les quelques JOGGEURS du dimanche qui ont investi la route dans les années 60 et qui ont enfanté la multitude de RUNNERS qu’on retrouve aujourd’hui. Et maintenant que le RUNNING c’est hype, ils veulent être au centre de la photo de famille parce qu’ils s’estiment propriétaires exclusifs, et parce qu’il y a un paxon d’oseille à récupérer. Pour moi, quand la FFA se penche sur la question, c’est un alibi pour marquer son territoire.

D’autre part, on a ceux que j’appellerais les gens chiants par nature. Concurrents, modestes participants ou même spectateurs. Ils portent réclamation pour un ravitaillement hors zone de 12cm, font de la délation pour une “assistance médicale non autorisée” alors que tu faisais juste un bisou à ta dulcinée, ou voudraient t’interdire de courir le sprint final avec la marmaille dans les bras.

Et la petite tape amicale de ce concurrent dans le SAS Élite ? En fait le mec essaie juste de tâter si dans ton sac se trouve la quantité d’eau exigée par l’organisation.

Les défenseurs de l’idée d’interdire font valoir plusieurs arguments : en particulier, la dangerosité et le dopage.

On savait que Frero Delavega, David Guetta ou Booba étaient dangereux pour la santé. Mais à écouter certains, ils ont tous été quasi-renversés par une bagnole pile le seul jour où ils portaient des écouteurs. Mais chut, ne le répétez pas, car je risque de me faire “hater” par une horde de coureurs puristes qui trimballent dans leur camelbak 5 000 exemples d’accidents tragiques causés par le dernier Boulevard des Hits. Y compris sur des parcours où la circulation a été coupée.

Quant à la question du dopage, honnêtement, j’en sais rien. Il y aurait des études qui expliquent qu’écouter de la musique crée un effet de diversion qui permet d’économiser de l’énergie. Un chercheur avance la thèse suivante : pour qu’il y ait le meilleur rendement musculaire possible, le coureur doit prendre une part active dans la production de la musique (pas se contenter de l’écouter donc). Un peu comme si la foulée du coureur était la manivelle d’une boîte à musique. Hum, pas très pratique.

Puis, quand les deux arguments sont épuisés, vient celui du respect des autres coureurs ou celui de la convivialité. Comme s’il était impossible dans un marathon d’alterner 30mn de Daniel Guichard et 30mn de papotage avec la petite blonde aux jolis manchons (ouf, ma langue n’a pas fourché). Comme s’il était impossible d’écouter la radio à un volume suffisamment faible pour entendre tout ce qui se passe autour de soi, même les éructations et flatulences des autres, comme à la SaintéLyon.

Il est fascinant d’observer à quel point ce débat est manichéen. J’avoue que j’ai beaucoup de mal à comprendre la position de ceux qui requièrent la tolérance zéro.

Eh au fond : qu’est-ce que ça peut vous foutre ? Vous avez confondu votre SAS avec la Manif pour Tous ?!

Je le redis : la course hors stade s’est développée dans l’idée de libérer de toute contrainte les amateurs de la course à pied. Ainsi, les timides, les introvertis, ou même les solitaires n’ont-ils pas le droit de faire partie de la communauté au sens large tout en étant dans leur bulle ? Sinon, ça s’appelle un club. On prend une licence, on retourne sur la piste et on fait un bond en arrière de près d’un demi-siècle.

Pour ma part, il m’arrive d’associer la musique avec l’effort que je fournis quand je cours. Par exemple, j’ai une bande son pour mes exploits personnels, que je sors dans les derniers kilomètres. C’est à ce moment là que je songe à la colère, à la souffrance, à la mort, ou à l’amour. Je consacre ce temps pour ressentir toutes les vibrations. C’est MON moyen d’exprimer mes émotions.

Et à travers ce rituel, je ne manque de respect à personne. Je me transcende et quelque part je transcende mon sport.


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