A quand des outils technologiques démotivants ? 2


Après une sorte de safari-photo parmi une faune de coureurs qui ont le toupet de se mettre en short pour aller sur les chemins à plus de 5mn au kilomètre (JB épisode 2), je suis passé de leur côté tel Donnie Brasco, et je m’en suis pris aux apôtres de la détermination, de la performance et du chiqué sur Instagram (JB épisode 3). Cette chronique est donc une suite logique, vous le verrez.

Les marques ont bichonné des égéries un temps enviées sur les réseaux sociaux pour la perfection qu’elles symbolisent. Aujourd’hui elles sont méprisées par les consommateurs qui ont le sentiment d’être pigeonnés et qui ont décidé d’exercer leur pouvoir de défiance sur ces mêmes réseaux sociaux. Sans retour sur investissement et par opportunisme, il faut s’attendre à ce que désormais ces marques se tournent vers des figures capables d’incarner la vérité (Je ne veux pas mentir aux Français, donc votez Macron). Eh oui, la tendance de demain c’est la vérité, l’authenticité, un peu comme dans la mode il y a eu la tendance des mannequins pulpeuses. C’est un message d’espoir pour les mecs qui ont ma dégaine ou mon niveau.

Mais pour ma part, je vous propose d’aller encore plus loin, de prendre un temps d’avance et d’explorer le futur. Qu’y a-t-il au-delà de la vérité ?
L’émotivité peut-être ? L’amitié ? Les bons sentiments ?
Non chers camarades, il y a la médiocrité.

Et même si ça restera une ficelle marketing avec des objectifs de vente à la clé, il faudra s’en réjouir.

En effet, cette course à l’amélioration de soi systématique ou à l’hyperactivité a fait son temps.

Finies les applications pour smartphones qui vous rappellent que vous n’avez pas bougé le booty depuis 4h, qu’il vous reste 30 push-up à effectuer avant la fin de la journée ou qui vous félicitent parce que vous avez couru 3km de plus que la semaine dernière. Les médailles qui flattent votre égo, les badges qui vous encensent, vous pouvez vous les mettre au cul.

Dans le turfu, grâce à mon statut de blogueur influent et à ce podcast qui pèse dans le game (une pluie de 5 étoiles sur iTunes s’il vous plait), l’industrie du Running (et ses dérivés) développe des produits qui vont vous casser les yeuks, vous attraper par la ceinture Flipbelt et vous faire descendre de votre podium.

Eh oui, hier votre montre GPS avançait timidement l’opportunité d’observer une petite période de récupération avant votre prochaine course. Vous aviez pris l’habitude de ne pas lui accorder de crédit et de lancer une nouvelle séance prématurément. Fair-play, elle obéissait et formulait même à la fin une nouvelle proposition, par fidélité, par amour pour vous.

Ça c’est fini.

Dorénavant, à la fin d’une sortie, votre Garmin se met en sommeil pour se réveiller lorsqu’elle estime que vous avez bien récupéré. Et c’est non négociable.
Votre Polar vous laisse lancer la séance mais elle s’en balek, elle refuse d’afficher votre allure moyenne, tandis que votre Suunto vous ment sciemment sur la distance parcourue.
Quant à votre Tom-Tom, elle sous-estimes vos données cardio pour vous faire atteindre des zones dangereuses pour votre santé.

Terminés les objets qui vous lèchent les seufs. Même en cas de RP, la montre vous rabat l’orgueil direct “Vous avez effectué votre course la plus rapide. Bravo. Mais c’est quand même un chrono largement inférieur à celui de GregRunner”. “Vous avez fait 25 000 pas aujourd’hui. C’est 10 000 de moins que Valmente”. “Prédicteur de votre chrono au prochain marathon : veuillez consulter les barrières horaires”.

Compteurs de coups de bras qui embrouillent les triathlètes, lampes frontales qui rendent l’âme, abandonnant les trailers aux esprits maléfiques de la nature, electrostimulateurs qui simulent ou filent des décharges électriques à ceux qui ont trop tapé dans la machine , application de remise en forme qui, sans votre consentement, publient sur Facebook des photos volées Avant/Après en vous rajoutant du gras dans le bide…

Autant d’outils qui se rebellent, prennent le pouvoir, vous mentent, vous trollent, viennent foutre la merde ou souhaitent votre mort. Des outils qui vous dominent au point de vous faire regretter les coups de martinet de vos soirées un peu particulières.

Moi ce que je vous propose, c’est d’avoir un connard qui vous accompagne dans votre quotidien pour vous forcer à être nuls ou vous faire payer le fait d’être incapable de retrouver la raison.

Non, je ne suis pas anti-matérialistes ou anti-matos. En réalité, mon ambition est de pérenniser l’industrie et d’anticiper avant qu’elle ne s’essouffle. Et même si au fond j’éprouverais un désir sadique et infini de voir des intelligences artificielles programmées pour infliger des châtiments corporels à celles et ceux qui en veulent toujours plus, je suis convaincu que de la médiocrité en vogue naîtra une génération de coureurs masochistes prêts à dépenser des fortunes pour se faire mal pour de vrai ou se mettre en danger.

Comme ça tout le monde sera content et les outils que j’ai proposés se vendront comme des petits pains.

Si bien qu’en conclusion, je m’interroge sur les tendances qui animeront le marché des outils technologiques après la performance, après la vérité qui vont conduire à une forme de Running sado-masochiste comme je viens de le mentionner rapidement.

J’ai une piste :
Cette piste, c’est la tendance morbide. Imaginez une application web qui vous récompense d’un dossard gratuit parce que vous êtes l’unique survivant d’un défi fractionné sur piste 75x1000m. Ce serait la suite logique par rapport à tout ce que je viens de dire.

Mais je ne suis pas persuadé que la communauté sera un jour assez mature. Et il y aura quand même un gros travail à fournir pour le faire accepter auprès des pouvoirs publics.


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2 commentaires sur “A quand des outils technologiques démotivants ?

  • chicon

    Bonjour Daddy, Stephen King a déjà imaginé ta piste « morbide » dans marche ou crève. Critique de la société vouée au culte de la performance dénuée de sens (en 1966, bien avant la propagation des gps et autres outils technologiques dédiés au sport) et du voyeurisme des spectateurs. C’est le propre de l’Homme de toujours vouloir plus même si ça lui pourrit la vie et/ou de vouloir voir ses congénères se dépasser (j’étais moi-même spectateur de la route du louvre) ou se detruire (spectateurs de sports extrêmes par exemple) pourtant comme dit ma mère : le mieux est l’ennemi du bien. Alors, oui au slowrunning! une amie va tenter les 100km de Steenwerck en marchant, cela mérite à mes yeux autant de respect que le finisher en moins de 9h.
    En tout cas merci pour la vision que vous avez du running (chez JB) et l’envie de la partager.